n°5, 1978  

LA VILLETTE STORY
1-LA CONSTRUCTION
 

Ça y est enfin, les cakes ! Le 19 mai 1978 le premier skatepark de France inaugurait ses pistes. Une semaine plus tard l'Hexagone possédait deux skateparks avec l'ouverture de Béton Hurlant à Issy-les-Moulineaux. La naissance de ces deux magnifiques parks est une étape importante dans l'histoire du skateboard. C'est la consécration du skate en temps que sport. Nous avons, vous avez, gagné. L'ouverture prochaine du skatepark de Lorient annonce la naissance, la prolifération, des parcs réservés aux adeptes de la planche à roullettes... comme ils disent.

Afin de mieux vous faire connaître l'histoire d'un skatepark nous avons interrogé les trois hommes qui sont à l'origine de La Villette : Baudier, Gallo et Londinsky.

RAYMOND BAUDIER

OU UN ENTREPRENEUR ENTREPRENANT

Je m'appelle Raymond Baudier. J'ai 48 ans. Je suis entrepreneur. J'ai trois enfants qui ont respectivement 3,6 et 8 ans. Les deux demiers sont des inconditionnels du skate. Ce skatepark est né de l'association de trois hommes qui ont réuni leurs économies Pierre Gallo, ingénieur, Michel Londinsky, architecte et ingénieur, et moi-même qui suis un spécialiste du béton projeté.

Nous avons obtenu les autorisations de M. Serignan qui gère la S. E. M. V. I. du parc de La Villette et du Ministère de la Jeunesse et des Sports car la construction d'un skatepark correspondait à un besoin. Cette entreprise nous a coûté 150 milllons anciens de nos économies. Nous avons un contrat de 4 ans, qui peut etre renouvelable, avec la S. E. M. V. I.. Cette dernière peut d'ailleurs décider au bout de ces 4 ans la prévision d'un skatepark définitif.

BETON PROJETE !

Ce skatepark est en béton projeté. Pourquoi ? Parce que c'est la seule technique qui permettait de réaliser rapidement et à des prix abordables une telle œuvre. Le béton projeté permet de libérer les formes architecturales. On peut construire n'importe quoi en béton proleté : à Marne-la-Vallée j'ai construit un hippopotame de 15 mètres de long, criant de ressemblance.

Les pistes de skateboard sont de véritables sculptures méme si les courbes ont été calculées au millimètre près. D'ici un an nous espérons construire 12 skateparks dans différentes villes de France. Nous avons des réunions actuellement avec des responsables de Marseille et de Besançon ainsi que de Clermont-Ferrand. Nous avons des catalogues pour toutes sortes de villes avec des skateparks allant de 80 millions à 150 millions anciens. Je ne sais pas si au bout de ces 4 ans nous aurons amorti notre investissement initial. Tout ce que je peux vous dire c'est que je suis heureux. Des champions américains sont venus à La Villette et ils ont trouvé que ce park était aussi bon que ceux de Californie. Le premier weekend de l'ouverture, un gosse est venu me voir et m'a dit "C'est vous qui avez construit ça ? " et il m'a serré la main en me remerciant. Pourquoi je ne fais pas de skate ? La vie de chantier m'a laissé des souvenirs : un pied cassé et une épaule dans un triste état.

PIERRE GALLO
OU UN INGENIEUR AU GALOP !


Je m'appelle Pierre Gallo. Je suis ingénieur conseil en béton armé et je gère les pistes. C'est moi qui ai eu l'idée de la construction de ce skatepark. Idée qui m'est venue à Noel quand j'ai acheté une planche à ma fille. Je me suis dit pourquoi pas des skateparks chez nous. Alors je suis allé aux Etats-Unis pour étudier les parks existants. Londinsky m'a beaucoup aidé car c'est un fana de skateboard et ses gosses encore plus.

VENEZ AUX HEURES CREUSES

Nous avons eu des problèmes de séchage de béton dus aux intempéries. Dans des conditions climatiques idéales, ce skatepark aurait été terminé en un mois et demi. La construction a duré en fait deux mois. Ma fille Sophie qui a 13 ans et qui adore le skate en fait très peu ici car elle est impressionnée par la qualité des skateurs que nous recevons. C'est la raison pour laquelle nous allons réserver une piste pour les débutants qui pourront compter sur l'aide de moniteurs.Je dois ajouter que je ne fais pas de skate. Je voudrais dire aussi aux skateurs qu'ils viennent aux heures creuses, le matin de préférence ou pendant les diverses noctumes. Je suis très satisfait, nous faisons régulièrement le plein de skateurs, 150 à 200, que nous renouvelons toutes les heures et demi. Pourquoi je ne fais pas de skate ? Ben. Heu... C'est-à-dire que...

MICHEL LONDINSKY :
LE TIMIDE DE LA BANDE

Barbu, chevelu, Michel Londinsky ne se fait pas remarquer. Il ne parle pas beaucoup. Ne se vante pas. Ne revendique et ne paternise rien. Mais il est aussi important que ses associés dans l’édiffication du skatepark de La Villette. Quand je l'ai interrogé, je l'avais, comme à ma bonne habitude, pris pour une autre personne. Il ne s'est pas vexé, il a dit seulement : "Ce n'est pas grave avec moi, vous pourrez faire deux interviews. ". Je m'appelle Michel Londinsky. Mes gosses et moi sommes des dingues de skate. J'ai calculé le moindre centimètre carré des courbes de ce skatepark. Avant de me lancer dans une telle entreprise, je suis allé aux States faire un voyage d'études sur les skateparks. La seule chose qui manque ici c'est un half-pipe qui est d'ailleurs à l'étude. Ils en ont un à Béton-Hurlant, mais en revanche nous avons un "serpent" plus long. Un skatepark c'est comme un mécanisme d'horlogerie. Chaque courbe doit être étudiée, calculée, disséquée et répondre à des normes de sécurité bien précises. Je travaille actuellement sur des catalogues destinés à plusieurs villes de province. Si tout marche bien dans un an, une quinzaine d'autres villes seront équipées de skateparks. Du moins je le souhaite pour tous les gosses.

 
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Skate Magazine